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Deuil traumatique : quand la mort d'un proche boulverse tout.

Photo du rédacteur: Emma Barbier
Emma Barbier
7 sept.
5 min de lecture
Deuil traumatique
Après une mort brutale, le deuil peut être accompagné d'un profond traumatisme. Comprendre ce qui se passe en soi est parfois le premier pas pour retrouver peu à peu un sentiment de sécurité.

Lorsque la mort est brutale, violente, accidentelle, par suicide ou survient dans des circonstances particulièrement difficiles, le deuil peut prendre une autre dimension.

On ne pleure pas seulement l'absence d'une personne aimée. On tente aussi de comprendre ce que l'on vient de vivre.

C'est ce que l'on appelle le deuil traumatique.

Lorsque cela arrive dans une vie tel un tsunami, il est important de comprendre une chose : si votre réaction vous semble étrange, excessive ou incompréhensible, elle ne signifie pas que vous êtes en train de « mal vivre » votre deuil.

Votre esprit et votre corps peuvent ont le droit d'être encore sous le choc.


Deuil traumatique : quand la mort ne laisse pas le temps de dire au revoir

Une mort soudaine ne laisse aucun temps pour se préparer.

Pas le temps de dire je t'aime.

Pas le temps de se dire au revoir.

Pas le temps d'imaginer que cette personne pourrait ne plus être là demain.

Le cerveau doit alors intégrer, presque simultanément, l'inacceptable et l'irréversible.


On peut continuer à attendre un appel, un message, une visite.

Croire, pendant quelques secondes, que la personne va pousser la porte.

Avoir du mal à réaliser ce qui s'est passé, même lorsque l'on sait parfaitement qu'elle est morte.

Cette contradiction peut être profondément déstabilisante. Le deuil lui même, est déjà une traversée difficile.

Lorsque la mort elle-même a été traumatique, il faut parfois traverser deux réalités en même temps : l'absence de l'être aimé et le traumatisme des circonstances de sa mort.


Quand les images prennent toute la place

Après une mort traumatique, il est possible d'être confronté(e) à des images, des sensations ou des pensées qui reviennent malgré elles.

Une scène que l'on n'arrive pas à chasser. Une odeur. Un bruit. Une phrase. Une image racontée par quelqu'un d'autre et que l'imagination reconstruit inlassablement.

Parfois, on évite certains endroits, certaines conversations ou même certaines personnes parce qu'elles réveillent trop douloureusement ce qui s'est passé.

Le corps aussi peut continuer à réagir comme si le danger était encore présent : sommeil perturbé, hypervigilance, anxiété, sursauts, difficulté à se concentrer, sensation d'être constamment en alerte.

Ce ne sont pas des signes de faiblesse.

Ce sont des réactions qui peuvent apparaître après un événement traumatique et qui méritent d'être accueillies avec sérieux et douceur.


Le deuil n'est pas une ligne droite

On aimerait parfois croire qu'il existe des étapes à franchir les unes après les autres.

Accepter. Pleurer. Comprendre. Aller mieux.

Mais le deuil ne fonctionne pas ainsi.

Il y a des jours où l'on croit pouvoir respirer un peu mieux, puis une date, une chanson, une photographie ou une odeur fait revenir la douleur avec une intensité inattendue.

Ce retour de la peine ne signifie pas que l'on revient en arrière.


Il signifie simplement que l'attachement est toujours là.

Perla Servan-Schreiber raconte, dans son travail autour de la perte de son mari Jean-Louis, cette expérience très intime de l'absence : continuer à aimer quelqu'un qui n'est plus là et apprendre peu à peu à vivre avec cette réalité nouvelle. Son témoignage rappelle qu'après une perte, il ne s'agit pas nécessairement d'oublier ou de tourner la page, mais de trouver une nouvelle manière d'habiter sa vie.


Après une mort traumatique, retrouver un sentiment de sécurité

Lorsqu'un événement bouleverse profondément notre représentation du monde, une question peut apparaître, parfois sans même être formulée :

« Est-ce que le monde est encore un endroit sûr ? »


La mort peut soudain sembler partout.

Le téléphone qui sonne devient inquiétant. Un proche en retard déclenche une peur disproportionnée.

Prendre la voiture peut devenir difficile.

Dormir seul(e) peut sembler impossible.

Le cerveau cherche alors à anticiper ce qui pourrait arriver.

Il surveille.

Il contrôle.

Il imagine les scénarios les plus terribles.

Dans l'accompagnement d'un traumatisme, retrouver progressivement un sentiment de sécurité est donc essentiel.


Pascale Brillon, quant à elle, insiste notamment sur cette nécessité de comprendre les réactions post-traumatiques et de retrouver, peu à peu, confiance en soi, en la vie et dans les autres.


Il ne s'agit pas d'oublier

C'est peut-être l'une des peurs les plus douloureuses dans un deuil :

« Si je vais mieux, est-ce que cela signifie que je l'aime moins ? »

Non.

Aller mieux ne signifie pas aimer moins.


Rire à nouveau ne signifie pas trahir celui ou celle qui est parti(e).

Reprendre goût à certaines choses ne signifie pas que la douleur était moins profonde.

L'amour et l'absence peuvent continuer à coexister.


Avec le temps, la souffrance peut changer de place. Elle peut devenir moins envahissante, moins physique, moins présente à chaque instant.

Et c'est souvent là qu'un chemin commence à se dessiner.

Non pas celui de l'oubli. Celui de la vie avec l'absence.


Comment l'hypnose peut accompagner un deuil traumatique ?

L'hypnose ne fait pas disparaître un deuil.

Elle ne permet pas d'effacer une personne aimée, ni de supprimer artificiellement une douleur qui a besoin d'être traversée.

Elle peut en revanche offrir un espace où le mental peut ralentir, où le corps peut retrouver progressivement un peu d'apaisement et où certaines émotions peuvent être accueillies autrement.


Dans mon accompagnement, je ne cherche pas à vous faire « passer à autre chose ».

Je vous accompagne plutôt pour retrouver suffisamment de sécurité intérieure pour pouvoir regarder ce qui s'est passé sans être constamment submergé(e) par la tristesse.

Selon votre histoire et ce que vous traversez, le travail peut notamment porter sur l'apaisement, les réactions anxieuses, le sommeil, les images envahissantes, la culpabilité ou cette sensation d'être resté(e)e figé(e) dans l'instant du drame.


Chaque personne réagit différemment. Chaque histoire de deuil est singulière.

Et c'est précisément pour cela que l'accompagnement doit l'être aussi.


Vous n'avez pas à traverser cela seul(e)

Après une mort traumatique, l'entourage veut souvent aider. Il dit des phrases bien intentionnées : « Il faut être fort », « Le temps fera son travail », « Il faut essayer d'avancer ».

Mais certaines douleurs ont besoin d'autre chose.

D'un endroit où l'on peut dire que l'on va mal sans avoir à rassurer les autres.

D'un espace où l'on peut raconter, se taire, pleurer, être en colère ou ne rien ressentir du tout.

Un espace où il n'est pas nécessaire d'aller mieux tout de suite.


Si vous traversez un deuil traumatique, demander de l'aide n'est pas renoncer à être fort(e).

C'est reconnaître que ce que vous vivez est profondément éprouvant et que vous méritez d'être accompagné(e) avec respect, bienveillance et écoute.


L'hypnose peut avoir sa place dans ce cheminement, mais elle ne remplace pas un suivi médical ou psychologique lorsque le traumatisme entraîne des symptômes importants ou persistants.


Et puis, un jour...

On ne sait pas toujours quand cela arrive.

Un matin, on se rend compte que l'on a pensé à autre chose pendant une heure.

Puis deux.

On entend une chanson sans s'effondrer.

On raconte une histoire sur la personne disparue et, au milieu des larmes, un sourire apparaît.

La douleur n'a pas disparu.

Mais elle n'occupe plus toute la pièce.


C'est peut-être cela, finalement, le chemin du deuil : ne pas cesser d'aimer, mais retrouver suffisamment de place en soi pour continuer à vivre.

Et peut-être qu'avancer ne signifie jamais laisser quelqu'un derrière soi.

Peut-être que c'est apprendre à continuer avec lui, autrement.


Emma


--> Pour aller plus loin : les travaux de Pascale Brillon et son laboratoire de recherche universitaire : Trauma et résilience

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